Rencontre 3. - « 7 demandes »¶
Introduction pour l’animateur et objectifs¶
Aujourd’hui, dans le cadre de la formation, nous passons par différents « aspects » de la vie. Le matin, pendant la conférence, nous avons parlé de l’action de grâce et de la gratitude. Le soir, pendant la veillée et la prière du soir, nous aborderons le thème de la demande de pardon et de la disponibilité à reconnaître que nous sommes en chemin, en processus. La rencontre de groupe se concentre sur la demande. La messe d’aujourd’hui est devenue un lien entre l’action de grâce et la demande.
L’art de demander a un caractère très dynamique dans notre vie. Parfois il nous est difficile ; parfois, au contraire, trop facile — et ce n’est pas bon non plus. Cette rencontre veut saisir cette dynamique, apprivoiser et nommer les trois étapes du développement de la « dépendance aux autres », afin d’être prêt à aimer la « demande » (et donc aussi la dépendance aux autres).
La première partie de la rencontre est centrée sur la compréhension et les contenus ; la seconde met davantage l’accent sur le partage.
Temps de la rencontre : 1h 30min
Étapes de la rencontre (déroulement de la pensée) :
Se voir soi-même comme quelqu’un de dépendant des autres (pas seulement de Dieu !)
Voir la prière du Notre Père comme une affirmation de la dépendance
La demande comme outil de construction de la relation
Ce n’est pas seulement nous qui demandons à Dieu, Dieu aussi nous demande
Objectifs de la rencontre :
préparation intellectuelle (lumière) à la prière du soir (expérience) par l’analyse de la Prière du Seigneur comme 7 demandes
travail sur les convictions concernant la dépendance aux autres et l’affirmation de celle-ci (demander)
À préparer à l’avance :
crayon avec gomme
voir la vidéo sur YouTube (1 min 30 s)
feuilles avec les phrases caractéristiques et les définitions (voir annexe) ainsi que la prière
Note
Il vaut la peine d’envisager d’avoir les définitions en 2 exemplaires pour faciliter le travail du groupe.
Prière et introduction¶
Avant la prière, propose au groupe de faire ensemble, juste avant la rencontre, une prière de demande. Avant même de prier, pose les questions :
De quoi avons-nous besoin pendant cette retraite, que voudriez-vous demander ?
De quoi avons-nous besoin dans le cadre de cette rencontre de groupe ?
De quoi les autres participants de la retraite ont-ils besoin ?
Note
Les deux premières questions renvoient au schéma de la prière du soir du vendredi.
Que la prière avant la rencontre soit une prière de demande typique - telle que nous la comprenons et la vivons (elle peut être spontanée). Essayons d’y faire entrer tout ce dont nous venons de parler.
Personne n’est une île¶
Commençons notre rencontre par lire :
Personne n’est une île. Nous sommes reliés les uns aux autres même lorsque nous l’ignorons. Le paysage nous relie, le corps et le sang nous relient - le travail et la parole nous relient. Pourtant nous n’avons pas toujours conscience de ces liens. Quand naît la solidarité, la conscience s’éveille, et alors apparaissent la parole et le mot - alors aussi ce qui était caché vient au jour. Tous nos liens deviennent visibles. Alors l’homme porte sur ses épaules le poids d’un autre homme.
—abbé Józef Tischner
Il est facile de passer à côté d’un tel passage en disant simplement : « oui, c’est ainsi ». Essayons pourtant de nous arrêter un instant pour nous demander à quel point nous sommes réellement liés les uns aux autres.
Dynamique
Prends comme point de départ une réflexion sur le crayon, analogue à l’exposé du prix Nobel Milton Friedman (regarde la vidéo, jusqu’à 1:30). Tu peux préparer cet élément de manière plus interactive selon ton groupe. Le but est de montrer comment un objet apparemment simple engage une longue chaîne de livraisons et de services coopérant à un produit final.
Note
Une autre image des vases communicants est la citation d’un penseur contemporain : « Si quelqu’un me demande un jour ce qu’est l’effet papillon, je lui dirai que lorsqu’en janvier un Chinois mange une chauve-souris, en mars, en Pologne, on appelle l’ascenseur avec le coude. »
Quelles sont les personnes sur lesquelles tu exerces la plus grande influence par tes choix ?
Quelles sont les personnes qui exercent la plus grande influence sur toi par leurs choix ?
Comment te sens-tu à l’idée que, par définition, tu seras toujours dépendant / dépendante de quelque chose / de quelqu’un ?
Le fait que nous soyons tous reliés est une observation, la mise en mots de ce que nous expérimentons. Nous voyons donc un fait. Il est légitime de se demander s’il s’agit d’un « état de choses auquel nous devons simplement nous résigner », ou si telle était l’intention du Créateur.
Lisons :
Il y a diversité de dons de la grâce, mais c’est le même Esprit ; diversité de services, mais c’est le même Seigneur ; diversité d’opérations, mais c’est le même Dieu qui opère tout en tous. À chacun est donnée la manifestation de l’Esprit en vue du bien [commun]. À l’un est donnée par l’Esprit une parole de sagesse ; à un autre, selon le même Esprit, une parole de connaissance ; à un autre, dans le même Esprit, la foi ; à un autre, dans l’unique Esprit, le don des guérisons ; à un autre, le pouvoir d’opérer des miracles ; à un autre, la prophétie ; à un autre, le discernement des esprits ; à un autre, diverses sortes de langues ; à un autre encore, l’interprétation des langues.
—1 Co 12,4-10
Que nous dit le fait que personne n’ait reçu tous les dons ?
Dieu a voulu que nous ayons besoin les uns des autres. Ce n’est pas seulement dans la Lettre aux Corinthiens que nous pouvons trouver cet indice - l’intention de Dieu était d’avoir un peuple élu, et non un simple ensemble d’individus. Les liens entre nous font partie de son dessein. C’est pourquoi, plus nous connaissons Dieu, plus nous participons au monde (et non pas moins).
Chemin de l’humilité¶
Le fait que le fonctionnement en réseau de dépendances, de relations et d’influences réciproques fasse partie de l’intention de Dieu ne signifie pas du tout que chacun de nous, dès le moment de sa création, possédait déjà ce savoir et n’imaginait pas d’autre monde possible. La foi est un processus, et ce processus a ses étapes de maturation.
Lisons :
Ne dis pas : « De quoi ai-je besoin, et quels biens pourrai-je encore avoir désormais ? » Ne dis pas : « Je me suffis à moi-même ; quel mal pourrait maintenant m’arriver ? » Au temps du bonheur, on oublie les malheurs ; au temps du malheur, on ne se souvient plus du bonheur.
—Si 11,23-25
Dans quelles situations ai-je la tentation de penser : « Je me suffis à moi-même » ?
Puisque nous en faisons tous l’expérience, essayons de regarder cela un peu de côté, afin de pouvoir l’aborder sans gêne ni préjugés.
Exercice
Comme tout exercice, celui-ci sera lui aussi une tentative de simplifier un monde complexe. Essayons malgré tout de l’accepter en espérant que cela nous conduira ensuite à des réflexions plus profondes. Nous avons préparé des phrases que chacun de nous a peut-être pu prononcer au cours de sa vie (l’animateur pose sur la table les feuilles avec les expressions caractéristiques - voir annexe). Elles proviennent de trois personnes. Essayons de regrouper ces paroles.
Comment caractériserions-nous chacune de ces personnes sur cette base ?
Chacune de ces personnes correspond à l’une des descriptions. Essayons simplement de faire l’attribution (l’animateur sort 3 définitions. Après un moment pour en prendre connaissance, nous passons à la partie la plus importante de cet exercice).
Quelle transition te paraît plus facile : de l’étape I à II ou de II à III ? Pourquoi ?
Quelle forme d’interdépendance avec les autres aimes-tu déjà maintenant ?
Nous commençons en étant totalement dépendants des autres (enfants), pour devenir indépendants (révolte de l’adolescence), puis pour renoncer consciemment à cette indépendance (maturité). Ce voyage dure toute la vie et il a un trait commun : l’humilité. Il faut de l’humilité pour cesser d’attendre que les autres nous servent et pour assumer soi-même des tâches. Il faut de l’humilité, après avoir conquis son indépendance, pour reconnaître que la maturité n’est pas la même chose que l’autosuffisance. Mais ce n’est pas une humilité imposée de l’extérieur. C’est une disponibilité intérieure au changement, que, dans le fond, nous voulons nous-mêmes.
Note
Après la révolte contre les parents et le système, nous nous tenons nous-mêmes devant les hommes et devant Dieu pour devenir parents et partie du système.
Quel est ton rapport au mot « humilité » ? Quelles associations éveille-t-il en toi ?
Dans quels espaces de la vie t’est-il facile de penser en termes de « nous », et où est-ce pour toi un lieu de lutte ?
La foi occupe une place particulière sur ce chemin d’humilité. Au début, elle est déterminée par le « toi » de nos parents. Puis vient le moment où nous entrons dans notre relation personnelle avec Jésus. Alors, il nous arrive parfois de construire (pendant un temps) en opposition à ce que nous connaissions auparavant : le « catholicisme du dimanche », les « Je vous salue Marie » récités, etc. Mais dans le domaine de la foi aussi, nous arrivons à un lieu où, après avoir fait l’expérience de tout le bien qui vient de la découverte de son identité, de son indépendance spirituelle et religieuse, nous commençons à percevoir la valeur du « nous » - de la communauté de l’Église.
Note
C’est un excellent endroit pour le témoignage de l’animateur. Un témoignage prié et réfléchi dans un esprit de responsabilité pour l’Église. Une occasion de raconter comment on peut enraciner l’émerveillement (nécessaire) devant la relation personnelle avec Jésus dans la communauté de l’Église. Le père Franciszek Blachnicki l’écrivait ainsi : « À la base de ces réflexions se trouve le désir que les mouvements dans l’Église ne deviennent pas le germe d’une nouvelle Église, mais demeurent toujours une manifestation de l’Église en mouvement, de l’Église vivante, c’est-à-dire de l’Église en renouvellement, de l’Église renouvelée. »
Prière du « Notre Père »¶
Lisons :
Dans votre prière, ne rabâchez pas comme les païens : ils s’imaginent qu’à force de paroles ils seront exaucés. Ne leur ressemblez donc pas, car votre Père sait de quoi vous avez besoin avant même que vous le lui demandiez. Vous donc, priez ainsi : Notre Père, qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié ; que ton règne vienne ; que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour ; pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés ; et ne nous laisse pas entrer en tentation, mais délivre-nous du Mal !
—Mt 6,7-13
C’est probablement le passage de l’Écriture Sainte le plus souvent répété par les hommes. Est-ce pour autant le plus connu ? Concentrons-nous pour l’instant sur… les deux premiers mots de cette prière.
« Père »
« Les raisons pour lesquelles les prières juives ne s’adressent pas à Dieu en l’appelant Abba deviennent claires lorsqu’on considère le contexte linguistique de ce mot. À l’origine, il appartenait au vocabulaire enfantin. (…) Appeler Dieu d’un nom si familier aurait, pour la mentalité juive, signifié un manque de respect - donc quelque chose d’inconcevable. Ce fut donc une nouveauté absolue, unique et exceptionnelle, que Jésus ose s’adresser à Dieu de manière si simple, si intime, sans peur, comme un enfant à son père. C’est pourquoi il ne fait aucun doute que le mot Abba, par lequel Jésus s’adresse à Dieu, révèle le sens le plus profond de sa relation avec lui »
—Joachim Jeremias (bibliste luthérien qui, en un sens, a « redécouvert » le nom Abba pour le christianisme au XXe siècle), Abba, 1966
Dans nos prières, nous adressons-nous plus souvent au Créateur comme à « Dieu » ou comme à « Père » ?
Qu’est-ce que cela signifie pour toi que Jésus veuille que nous commencions nos prières de cette manière ? Quel est le rôle de la prière ?
Le rôle de la prière est de créer un espace pour entrer dans une relation intime et personnelle. Si quelqu’un voulait essayer d’évaluer la prière (même si ce n’est probablement pas une bonne pratique), le premier critère serait celui-ci : grâce à cette prière, ai-je rencontré Dieu (le Père) et ai-je construit avec lui une relation ?
« Notre »
Le second mot de la prière est « Notre ». La Prière du Seigneur nous apprend à mûrir jusqu’à la troisième étape de notre exercice ! C’est aussi l’un des rôles de la prière : sortir de sa perspective individuelle pour regarder le monde à travers le prisme du « nous ».
Voyons où Jésus nous recommande de prononcer ces paroles.
Lisons :
Mais toi, quand tu veux prier, entre dans ta chambre, ferme la porte, et prie ton Père qui est là, dans le secret. Et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra.
—Mt 6,6
D’un côté, nous avons la « chambre retirée » et le « papa » (individualisme), et de l’autre, nous avons simultanément « Notre Père » ainsi qu’une forme commune de prière donnée par Jésus (communauté) !
Comment interprètes-tu ce rapprochement de faits voulu par Jésus ?
Quel rôle, en dehors de la rencontre avec Dieu, la prière a-t-elle encore ?
À quoi ressemble ta manière de prier avec les « prières composées » ? Qu’y a-t-il là de difficile, qu’y a-t-il de facile ? Quel rapport cela a-t-il avec la communauté ?
7 demandes¶
Nous savons qu’il existe différentes manières de prier (technique) et différentes formes de prière (contenu). Quant aux formes de la prière, nous pouvons en distinguer 4 fondamentales : l’action de grâce, la demande, la demande de pardon et la louange. Dans l’Église, il existe différentes traditions spirituelles, et parmi ceux qui ont approfondi la spiritualité chrétienne d’une manière exceptionnelle, il y a sans aucun doute les carmes. Lisons les paroles de l’un des pères :
Les quatre formes de la relation de l’homme à Dieu ne constituent pas quatre genres de prière qualitativement différents. Elles sont seulement l’expression des situations personnelles dans lesquelles se trouve l’homme de prière. La relation fondamentale de prière entre l’homme et Dieu, indépendamment de l’état intérieur du croyant, demeure inchangée. Dieu sera toujours le Créateur et le Père, et l’homme restera toujours sa créature et son enfant. Ce sont précisément ces situations qui déterminent d’une certaine manière le caractère de la prière. On les ramène à quatre : la louange avec adoration, la demande, la demande de pardon et l’action de grâce. (…)
Il ne faut pas confondre ces formes avec les degrés de la prière, qui désignent un niveau toujours plus profond d’intimité avec Dieu. Or, à chacun de ces degrés peuvent apparaître les quatre formes de prière énumérées plus haut.
—père Jerzy Gogola OCD
Dans quelle forme de prière te sens-tu actuellement le plus naturellement ? Laquelle est pour toi un défi ?
Essayons maintenant d’élargir notre regard sur le Notre Père et de le regarder dans son ensemble - comme vu d’en haut. Nous connaissons ce texte trop bien ; il faut un certain effort pour aiguiser le regard au point de voir quelque chose de nouveau.
De quelle forme de prière est donc le Notre Père ?
De combien de demandes est-il composé ?
Combien de ces demandes se rapportent directement aux réalités divines ? Combien se rapportent directement aux réalités humaines ?
(L’animateur place au centre la prière du « Notre Père » tirée de l’annexe). Le Notre Père est une prière de 7 demandes. Essayons, en séparant chacune d’elles et en la regardant comme une réalité indépendante, d’approfondir notre compréhension de la Prière du Seigneur.
Note
À considérer pour l’animateur : il arrive très souvent que, comme croyants, nous prononcions à l’église beaucoup de mots presque automatiquement, comme une forme de rituel (ce qui n’est pas en soi mauvais). Un témoignage de maturation, dont le changement concret serait une conscience plus grande des mots rituels prononcés, sera une force pour le groupe - surtout s’ils voient qu’ils ne sont pas les seuls à avoir ce problème.
Que peut signifier chacune des demandes ? Pour quoi prions-nous quand nous prions ?
(L’animateur parcourt avec le groupe chacune des demandes. Le but de cette rencontre n’est pas d’arriver à une « clé de bonnes réponses » et, certainement, ce schéma ne prétend pas être une telle clé. Les informations rassemblées - voir les notes d’appui dans l’annexe - servent d’inspiration et éventuellement d’orientation. Souvenez-vous de surveiller le temps. Le plus important est que, avec le groupe, nous nous engagions dans une lecture critique du texte, c’est-à-dire une lecture réfléchie de ce que nous lisons. Le Notre Père sera le point culminant de la prière du soir. Nous cherchons à engager maintenant l’intelligence dans l’analyse de ces contenus, afin que le soir nous puissions nous concentrer moins sur les faits que sur les intentions.)
Revenons cependant à notre schéma. Sur sa droite, nous avons une colonne vide. Mettons en relation le groupe I et le groupe II des demandes avec les trois déterminants de notre premier exercice. (Pendant l’échange, l’animateur complète en direct les éléments manquants.) À quel déterminant relierions-nous les demandes 4 à 7 ? Bien sûr au « nous » ! À quel déterminant relierions-nous les demandes 1 à 3 ? Bien sûr au « toi ». Y a-t-il donc quelque part le déterminant « je » ? Nous en avons déjà parlé aujourd’hui… dans l’ancrage concret de cette prière - entrer dans SA chambre pour prier.
Contexte |
Mais toi, quand tu veux prier, entre dans ta chambre, ferme la porte et prie… |
JE |
|
Invocation |
Notre Père, qui es aux cieux, |
||
Ier GROUPE (caractère théologique) |
Ire demande |
que ton nom soit sanctifié ! |
TOI |
IIe demande |
que ton règne vienne ; |
||
IIIe demande |
que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. |
||
IIe GROUPE (caractère ecclésial) |
IVe demande |
Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour |
NOUS |
Ve demande |
Et pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés ; |
||
VIe demande |
Et ne nous laisse pas entrer en tentation, |
||
VIIe demande |
mais délivre-nous du Mal ! |
Le Notre Père intègre toutes les étapes de notre maturation comme personnes. Nous y sommes des enfants, nous y sommes des chercheurs d’identité et nous y sommes des membres de la communion des saints.
Prière de demande¶
Il est légitime de se demander pourquoi la prière la plus importante est une prière de demande. Les demandes ne sont-elles pas, d’une certaine manière, trop intéressées pour pouvoir être parfaites ? Une partie d’entre nous n’aime pas du tout demander aux autres.
Que demandons-nous le plus souvent à Dieu en tant qu’Église ? (par exemple les intentions de messe, les pèlerinages, etc.)
De quoi est-ce que je demande à Dieu pour moi-même ?
Les demandes adressées à Dieu portent en elles un certain paradoxe qui, à première vue, peut sembler très sérieux. Si Dieu est tout-puissant, omniscient et miséricordieux, cela signifie qu’il sait le mieux ce dont j’ai besoin, qu’il veut me le donner et qu’il n’est limité par aucun manque de moyens pour le faire. Qu’est-ce donc que ma demande change ? Pourquoi ai-je encore besoin de demander ?
Lisons :
Car je le sais : en moi, c’est-à-dire dans ma chair, le bien n’habite pas. Vouloir le bien est à ma portée, mais non pas l’accomplir.
—Rm 7,18
L’avis de qui la prière de demande change-t-elle ? Celui de Dieu ou le mien ?
Comment est-ce que je fais l’expérience de ce bienfait de la demande, qui nous rend plus sensibles au bien ?
Il n’est certainement pas vrai que, dans le christianisme, les fidèles rempliraient la fonction de « rappels » à l’égard du Créateur, comme s’il était distrait et avait besoin de signaux pour bien gérer toutes les affaires.
Les demandes sont bien plus qu’une simple transmission d’information sur un besoin. Au début de la rencontre, nous avons parlé du fait que nul n’est une île. Chaque demande est un rappel de cette condition humaine. C’est pourquoi il est important que nos demandes ne soient pas dépourvues de réflexion, mais que nous essayions de les formuler avec beaucoup de précision. Lisons une certaine prière de demande :
Seigneur, donne-moi la patience de supporter ce que je ne peux pas changer ; donne-moi le courage de poursuivre avec constance et persévérance le changement de ce que je peux changer ; et donne-moi la sagesse de distinguer l’un de l’autre
Comme une telle prière est différente d’un cri : « Mon Dieu, fais que ça aille mieux » !
Que se passerait-il si, au lieu de 10 demandes à adresser à Dieu, tu ne pouvais en porter qu’une seule ?
Qu’est-ce qui change en moi lorsque, avant d’exprimer une demande, je me rappelle clairement : « Le but de cette prière n’est pas de convaincre Dieu de quelque chose » ?
Apprendre à aimer les demandes¶
Les demandes n’ont donc pas besoin d’être « cette dernière forme de gestion d’une situation que l’on n’aime pas ». Quand nous demandons, nous dévoilons à quelqu’un nos désirs, et cela crée de la communauté ! Ce changement de perspective est important. Imaginons un monde où personne ne prépare de thé à personne, ne verse de l’eau à personne et ne demande à personne un câlin. Les demandes n’ont pas besoin d’être exigeantes ; elles peuvent être un langage de l’amour. Après tout, une demande en mariage est aussi une demande !
Quelles demandes aimes-tu ? Lesquelles te font plaisir ?
Comment réagis-tu quand quelqu’un vient te demander quelque chose ?
Ce caractère communautaire des demandes nous échappe souvent dans l’Église. Lorsque nous venons à la messe, elle est célébrée à une certaine intention. Le plus souvent, c’est l’intention avec laquelle un croyant est venu demander au prêtre de prier ; et pendant la messe, il nous demande à tous de nous joindre à son désir et de l’offrir à Dieu. La demande est une invitation à la coopération, au chemin commun, à la proximité.
De quelle manière la demande de quelqu’un t’a-t-elle rapproché de cette personne ? As-tu une telle expérience ?
Avec qui as-tu partagé tes désirs et à qui as-tu demandé de t’aider à les accomplir ?
Dieu qui demande¶
Lisons :
Et j’ai dit : « Malheur à moi ! Je suis perdu ! Car je suis un homme aux lèvres impures, et j’habite au milieu d’un peuple aux lèvres impures, et mes yeux ont vu le Roi, le Seigneur de l’univers ! » Alors l’un des séraphins vola vers moi, tenant à la main une braise qu’il avait prise avec des pincettes sur l’autel. Il en toucha ma bouche et dit : « Ceci a touché tes lèvres : ta faute est enlevée, ton péché est effacé. » J’entendis alors la voix du Seigneur qui disait : « Qui enverrai-je ? Qui ira pour nous ? » Je répondis : « Me voici : envoie-moi ! » Il me dit : « Va, et dis à ce peuple : Écoutez bien, mais sans comprendre ; regardez bien, mais sans discerner. »
—Is 6,5-9
Ce n’est pas seulement nous qui demandons à Dieu toutes sortes de choses. La demande est un outil pour construire la relation, manifester la confiance et partager ses désirs. Même si nous crions ostensiblement : « Malheur à moi ! Je suis perdu ! », le Dieu tout-puissant veut nous demander de l’aide, lui qui peut tout. Dans la relation de foi, Dieu n’écoute pas seulement nos demandes, mais il veut aussi être écouté (!). Il demande quelque chose - ici, aujourd’hui… essayons de l’entendre ensemble aujourd’hui.
L’application de cette rencontre pourrait être de planifier (ou de réaliser) trois demandes qui auront pour seul but de rendre quelqu’un plus proche de nous.
Pour conclure, une prière de demande. Chaque participant prononce exactement une seule demande, puis nous prions le « Gloire au Père ».
Annexe¶
Phrases caractéristiques¶
Je veux un sandwich |
J’en suis capable |
Quelles sont tes forces ? |
Donne-moi à boire |
Que faut-il faire pour gagner ? |
Quels sont nos projets pour demain ? |
Je ne veux pas faire ça |
J’ai obtenu plus de points |
Nous avons réussi ! |
Je m’ennuie |
Je veux essayer seul |
Dans notre étude, nous avons montré… |
Joue avec moi |
Je l’ai fait moi-même |
J’ai besoin de ton aide |
Je ne veux pas faire ça maintenant |
Comment puis-je t’aider ? |
Définitions des déterminants¶
- Déterminant « TOI »
Nous commençons la vie dépendants des autres ; nous partons du principe que d’autres (nos parents) satisferont nos besoins. Avec le temps, nous acquérons peu à peu la capacité d’orienter nos organes sensoriels vers les stimuli qui agissent sur nous. Nous distinguons des parties dans un tout, puis nous reconnaissons le tout comme composé de parties. Les différences apparaissent : aujourd’hui, hier et demain. Une histoire se forme déjà, mais l’avenir reste indéterminé. Nous essayons de connaître le monde qui nous entoure. Nous façonnons notre monde propre, partiellement organisé, où commence à agir un sens de responsabilité et d’autonomie. Le savoir acquis montre la frontière entre l’imaginaire et la réalité, permet de distinguer le vrai du faux. Les éléments présentés sur l’échelle de maturité relevant du déterminant « TOI » se développent de la naissance jusqu’à environ 7 ans, lorsque nous commençons à aller à l’école. La période de 7 à 14 ans correspond à la formation du JE (période de transition).
- Déterminant « JE »
L’indépendance est le déterminant du « JE ». Cela signifie que nous essayons de faire quelque chose, d’agir, de gérer - je réponds, je compte sur moi-même, je fais des choix. Le jeune commence consciemment à se comparer aux autres, à se voir par rapport à eux. L’expérience de la vie grandit, de même que le savoir sur la vie, surtout sur les personnes et leurs affaires. L’image du monde et de la vie humaine reste encore très fragmentaire et souvent naïve. Elle n’est pas structurée, plus apprise que pensée. Nous restons encore très marqués par les connaissances scolaires.
- Déterminant « NOUS »
Le jeune devient pourtant adulte. Il apprécie de plus en plus l’interdépendance avec les autres. L’interdépendance signifie que : NOUS pouvons coopérer, nous pouvons co-créer, nous - c’est-à-dire ensemble - pouvons faire quelque chose de magnifique qu’il est impossible d’accomplir seul. Nous commençons à avoir besoin des autres. Quand le jeune devient adulte, il commence à chercher sa place dans la vie. De la rencontre réelle entre ses projets et la vie naissent de nombreuses questions, qui deviennent le contenu même de l’existence humaine. Se forment la résistance et la persévérance pour surmonter les difficultés psychiques et physiques. C’est le temps de la réalisation des projets de vie. Nous commençons à nous demander ce qu’est notre vie. Nous essayons d’en faire le bilan, de voir ce que nous avons réussi à atteindre et ce que nous n’avons pas atteint. Nous nous posons des questions sur le sens de notre vie, sur l’aboutissement de notre existence ici sur terre.
Prière du « Notre Père »¶
Invocation |
Notre Père, qui es aux cieux, |
||
Ier GROUPE (caractère théologique) |
Ire demande |
que ton nom soit sanctifié ! |
|
IIe demande |
que ton règne vienne ; |
||
IIIe demande |
que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. |
||
IIe GROUPE (caractère ecclésial) |
IVe demande |
Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour |
|
Ve demande |
Et pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés ; |
||
VIe demande |
Et ne nous laisse pas entrer en tentation, |
||
VIIe demande |
mais délivre-nous du Mal ! |
Notes d’appui pour les 7 demandes¶
Introduction :
2804 La première série de demandes nous conduit vers le Père, pour être orientés vers lui : Ton Nom, Ton Règne, Ta volonté ! (…) « Sois sanctifié… Viens… Sois… » : ces trois supplications ont déjà été exaucées dans le sacrifice du Christ Sauveur, mais elles sont maintenant tournées, dans l’espérance, vers leur accomplissement final, car Dieu n’est pas encore tout en tous.
1. « que ton Nom soit sanctifié »
Que le monde reconnaisse le Nom de Dieu, sa volonté et ses commandements, que tous reconnaissent qu’il est Père, source de tout bien.
2814 Quand nous disons : « Que ton nom soit sanctifié », nous demandons qu’il soit sanctifié en nous, qui sommes en lui, mais aussi chez les autres, en qui la grâce de Dieu attend encore, afin d’accomplir le commandement qui nous oblige à prier pour tous, même pour nos ennemis. Voilà pourquoi nous ne disons pas explicitement : Que ton nom soit sanctifié « en nous », car nous demandons qu’il le soit en tous les hommes.
2. « que ton Règne vienne »
Nous invoquons le Règne de Dieu dans le retour du Christ, mais nous demandons aussi pour l’Église qu’elle grandisse toujours dans l’unité avec Dieu et avec les hommes, grâce à son amour, en réalisant le Royaume sur la terre.
2818 Dans la Prière du Seigneur, il s’agit avant tout de la venue finale du Règne de Dieu au moment du retour du Christ. Ce désir n’éloigne pourtant pas l’Église de sa mission dans ce monde ; au contraire, il l’y engage davantage. Depuis la Pentecôte, la venue du Royaume est l’œuvre de l’Esprit du Seigneur, « qui poursuit son œuvre dans le monde et mène à son achèvement toute sanctification ».
3. « que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel »
La réalisation du dessein de salut de Dieu sur la terre ; sujet agissant : Dieu. L’action humaine conforme à la volonté et à l’enseignement de Dieu, qui rapproche du Royaume ; sujet agissant : l’homme.
2822 La volonté de notre Père est « que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité » (1 Tm 2,4). « Il use de patience… car il veut que tous arrivent à la conversion » (2 P 3,9). Son commandement, qui résume tous les autres et exprime toute sa volonté, est « que nous nous aimions les uns les autres comme il nous a aimés » (Jn 13,34).
4. « donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour »
Artos epiousios (grec) - le pain nécessaire pour exister ; quotidien = « appartenant au Jour du Seigneur », pain du banquet céleste ; littéralement epiousios - au-dessus de l’ordinaire. Le pain, dans la tradition biblique, évoque tout don salutaire de Dieu : le pain de la parole, le pain eucharistique, le pain quotidien.
2837 Le Père céleste nous invite, comme enfants du ciel, à demander le Pain du ciel.
5. « pardonne-nous nos offenses, comme nous aussi nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés »
Dans cette demande, nous venons à Dieu comme le fils prodigue, nous reconnaissons notre péché et montrons notre disponibilité à pardonner - à ouvrir notre cœur endurci à sa miséricorde.
2862 La cinquième demande est une supplication pour la miséricorde de Dieu sur nos péchés. Elle ne peut pénétrer dans nos cœurs si nous n’avons pas su pardonner à nos ennemis, à l’exemple du Christ et avec son aide.
6. « et ne nous laisse pas entrer en tentation »
Cette demande exprime la confiance dans la puissance libératrice du Père. « Fais que nous ne cédions pas à la tentation » - nous prions d’être gardés dans les temps de tentation, non pas d’être préservés de toute tentation.
2848 « Ne pas tomber dans la tentation » suppose une décision du cœur : « Dieu est fidèle, et il ne permettra pas que vous soyez tentés au-delà de vos forces. Avec la tentation, il vous donnera le moyen d’en sortir, pour que vous puissiez la supporter » (1 Co 10,13).
7. « mais délivre-nous du Mal »
2851 Le mal dont parle cette demande n’est pas une abstraction, mais une personne : Satan, le Mauvais, l’ange qui s’est opposé à Dieu.
2854 En demandant d’être délivrés du Mal, nous prions aussi pour être libérés de tout mal passé, présent et futur, dont il est l’auteur ou l’instigateur. Dans cette dernière demande, l’Église présente devant Dieu le Père la détresse du monde entier. En demandant d’être délivrée du mal qui accable l’humanité, elle implore le précieux don de la paix et la grâce d’attendre avec persévérance le retour du Christ.