Rencontre 3. - « J’ai soif »¶
Objectif de la rencontre + introduction pour l’animateur¶
La rencontre sur les désirs doit nous préparer directement à la rencontre avec le Christ dans l’Eucharistie, pendant la prière du soir. Pour certains participants, la rencontre peut être embarrassante, car dans leur vie ils ont pu oublier systématiquement ce qu’ils désirent au profit des désirs des personnes autour d’eux. Nous ne voulons pas faire un travail thérapeutique en 1h 10 minutes - ce n’est pas le but des animateurs. Nous voulons en revanche transmettre aux participants qu’il vaut la peine d’aller avec le sujet des désirs vers Jésus et de parler avec lui de cela.
- Objectifs de la rencontre :
prendre conscience de ses propres désirs
voir que Jésus aussi désire
voir ce que Jésus désire
Nos désirs¶
Note
Nous proposons une prière au Saint-Esprit avec la demande qu’il nous montre sous un jour nouveau nos désirs.
Dans la foi, le sujet des désirs et de la volonté est pour le moins compliqué. En écoutant attentivement ce qui est contenu dans l’Écriture Sainte, et encore plus dans diverses prières pieuses et chants, on peut arriver à l’impression (erronée) que la personne religieuse ne devrait avoir aucun désir ni volonté. Nous disons « Que ta volonté soit faite » dans le Notre Père. Le Christ au Jardin des Oliviers prie « mais que ce ne soit pas ma volonté qui se fasse ». Au confessionnal, on peut entendre parler de « désirs désordonnés ».
Note
Trouvé sur internet sur un forum pendant la préparation de ce conspectus : « Je déteste cette prière, mais si c’est à ça que ressemble la volonté de Dieu, eh bien, il faut s’y adapter. »
Aujourd’hui, lors de la rencontre, nous voulons parler des désirs des croyants. Lisons :
Une femme de Samarie vient pour puiser de l’eau. Jésus lui dit : « Donne-moi à boire ». Ses disciples en effet étaient allés à la ville pour acheter de quoi manger. La femme samaritaine lui dit : « Comment ! Toi qui es Juif, tu me demandes à boire, à moi qui suis une femme samaritaine ? » (Les Juifs en effet ne veulent rien avoir de commun avec les Samaritains.) Jésus lui répondit : « Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : « Donne-moi à boire », c’est toi qui l’aurais prié et il t’aurait donné de l’eau vive ». La femme lui dit : « Seigneur, tu n’as rien pour puiser, et le puits est profond. D’où aurais-tu donc cette eau vive ? Es-tu plus grand que notre père Jacob, qui nous a donné ce puits, et qui en a bu lui-même, ainsi que ses fils et ses troupeaux ? » Jésus lui répondit : « Quiconque boit de cette eau aura encore soif ; mais celui qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura jamais soif, et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau qui jaillira jusque dans la vie éternelle ». La femme lui dit : « Seigneur, donne-moi cette eau, afin que je n’aie plus soif, et que je ne vienne plus puiser ici ».
—Jn 4,7-15
De quel désir parle la Samaritaine, et de quel désir parle Jésus ?
Le Christ parle-t-il de supprimer (gommer) le désir de la vie, ou de sa satisfaction permanente (ou même de sa satisfaction continue) ?
Toute la conversation commence par l’eau, c’est-à-dire par le besoin de satisfaire un désir biologique. Cependant, le Christ passe très vite de cette expérience commune des gens vivant au Moyen-Orient (et d’ailleurs de tous les gens en général) à quelque chose de plus profond.
Car ce même Dieu, qui déclare qu’il n’a nul besoin de nous dire s’il a faim, n’a pas hésité à mendier à la Samaritaine un peu d’eau. Il avait soif… Mais en disant « Donne-moi à boire », le Créateur réclamait précisément l’amour de sa pauvre créature. Il avait soif d’amour… Ah ! Je le sens plus que jamais : Jésus a soif.
—Sainte Mère Teresa de Calcutta
Le Christ montre à l’homme ses désirs. Tout comme à la Samaritaine, il s’approche de chacun de nous et dit ce qu’il désire. De cette façon, il provoque en nous des questions importantes sur ce que nous désirons nous-mêmes.
Note
N’essayons pas de couper ces questions. Si dans la rencontre nous ne partons pas de nos propres désirs, la rencontre peut être « vide ».
Quel rôle jouent les désirs dans ma vie ?
Qu’est-ce que je fais de mes désirs ? (Est-ce que la vie « se déroule », ou est-ce que dans la vie je me guide par des désirs ?)
Comment je reconnais mes désirs ?
Nous avons commencé la rencontre d’aujourd’hui en montrant de manière légèrement provocatrice les croyants comme des personnes qui « ignorent leurs désirs » au nom d’une religiosité mal comprise. Maintenant, nous voyons clairement le Christ qui nous dirige vers la réflexion sur nos propres désirs. Est-ce une « nouveauté » dans le Nouveau Testament ? Nullement. Lisons :
Combien de temps, SEIGNEUR, vas-tu m’oublier : pour toujours ? Combien de temps vas-tu me cacher ton visage ? Combien de temps aurai-je le souci dans l’âme, et le chagrin au cœur, chaque jour ? Combien de temps mon ennemi aura-t-il le dessus ? Regarde, réponds-moi, SEIGNEUR mon Dieu ! Donne la lumière à mes yeux, ou je m’endors dans la mort.
—Ps 13,2-4
Que désire le psalmiste ?
De quelle manière évalues-tu la franchise avec laquelle il exprime ses désirs ?
Jésus sur la Croix¶
Note
Cette partie de la rencontre a un caractère de transmission de connaissances. Ne l’évitons pas. Adapte les informations contenues ici à tes participants.
Lisons :
Après cela, sachant que tout était déjà accompli, pour que l’Écriture s’accomplisse, Jésus dit : « J’ai soif ». Il y avait là un vase plein de vinaigre. On fixa donc une éponge imbibée de ce vinaigre au bout d’une branche d’hysope et on l’approcha de sa bouche. Quand Jésus eut pris le vinaigre, il dit : « Tout est accompli ». Puis, inclinant la tête, il remit l’esprit.
—Jn 19,28-30
De quel désir s’agit-il pour Jésus ?
Dans ce fragment est utilisé le mot grec « διψω » (dipso), qui signifie littéralement « je veux boire ». Une telle traduction littérale a du sens et indubitablement Jésus agonisant sur la croix manquait d’eau. Cependant, de manière similaire au fragment avec la Samaritaine, nous voyons en cela aussi un deuxième sens. Le Ps 42,2 nous dirige vers cette interprétation : « Comme une biche soupire après des courants d’eau, ainsi mon âme soupire après toi, ô Dieu ! » (Juxtaposer ces deux « types » de désir n’est pas du tout une idée nouvelle). L’évangéliste a écrit que le Christ voulait, « pour que l’Écriture s’accomplisse ». Quelle Écriture ?
Note
Il peut y avoir des questions sur l’hysope – marjolaine syrienne, dont les branches atteignent jusqu’à 90 cm de long. Il est difficile d’expliquer pourquoi cette plante a été utilisée lors de la crucifixion. De nombreux traducteurs modernes pensent que le mot a pu être confondu lors de la copie, en raison de sa similitude avec le mot grec signifiant lance. Les plus inquisiteurs peuvent aussi chercher des incohérences dans les récits évangéliques - Mt parle de donner à boire du vinaigre à Jésus, notant que Jésus « goûta, mais ne voulut pas boire ». Néanmoins, les mots utilisés dans les deux textes indiquent deux choses différentes - Mc et Mt mentionnent un narcotique, donné aux condamnés pour soulager la douleur, tandis que la boisson dont il est question chez Jean est du vinaigre de vin dilué, que buvaient les soldats et les ouvriers.
Note
Il vaut la peine de savoir que dans les cercles sceptiques, la théorie est courante que ce n’est pas l’accomplissement de prophéties, mais que les Évangiles ont été écrits tant d’années après les événements du Golgotha, que les auteurs les ont écrits « pieusement » pour que ça sorte bien. Il vaut la peine d’avoir cela à l’esprit en dirigeant cette rencontre. Il vaut la peine que toi, animateur, tu réfléchisses avant à comment tu te situes toi-même par rapport à cela. En tant que co-auteur du conspectus, je peux dire avec conviction que toute la vie de Jésus était si marquée par le symbolisme, que la référence consciente de Jésus à ceux-ci au moment culminant ne me heurte pas du tout avec la foi et la logique.
Lisons :
Ma gorge est sèche comme une tuile, ma langue colle à mon palais
—Ps 22,16
Ou peut-être s’agit-il pour Jésus d’un fragment d’un autre psaume. Lisons :
Réponds-moi, SEIGNEUR, car ta fidélité est bonté ; selon ta grande miséricorde, tourne-toi vers moi ! Ne cache pas ton visage à ton serviteur ! Je suis dans la détresse, réponds-moi vite ! Approche-toi de moi, défends-moi ! À cause de mes ennemis, libère-moi ! Toi, tu connais mon insulte, ma honte et mon outrage ; devant toi, tous mes adversaires. L’insulte m’a brisé le cœur, je suis malade ; j’espérais un signe de pitié, mais rien, des consolateurs, et je n’en ai pas trouvé. Ils m’ont mis du poison dans ma nourriture ; et pour ma soif, ils m’ont fait boire du vinaigre.
—Ps 69,17-22
Quels sentiments exprime ce fragment ? Que désire le psalmiste ?
Que désire Jésus ?¶
Nous avons parlé de nos désirs. Nous avons vu que nos désirs ne sont pas indifférents au Christ. Les désirs sont importants. À quelle fréquence en parlons-nous ?
Avertissement
Il faut faire attention à ne pas arriver à la conclusion - je ne connais les désirs de personne - je n’ai pas d’amis. Partager ses désirs est un facteur fort et assez fréquent, mais ce n’est pas nécessaire - on peut construire une amitié sans cela.
De qui connais-je les désirs ?
Avec qui je partage mes désirs ?
Qu’est-ce que ça fait d’entendre parler des désirs de quelqu’un ?
Qu’est-ce que ça fait de parler de ses propres désirs ?
Partager ses propres désirs est l’un des « matériaux de construction » de base des relations interpersonnelles profondes. Beaucoup de gens connaissent mes réalisations et mes défauts, mon style de parole et mes habitudes. De telles choses constituent l“« espace public » de ma personne. De qui connaît mes désirs, je décide moi-même. Partager ses désirs est l’un des traits distinctifs de la relation d’amitié.
Le Christ veut une relation avec nous. Il veut connaître nos désirs, notre cœur, mais il veut aussi l’inverse - que nous connaissions Ses désirs. Parfois, connaître mutuellement ses désirs prend beaucoup de temps et même après de nombreuses années, il y aura encore bien des choses à découvrir.
Lors d’un petit-déjeuner solennel à l’occasion des noces d’or, l’épouse pensa : « Depuis cinquante ans, je cède toujours à mon mari la partie supérieure et croustillante du petit pain, aujourd’hui j’ai le droit de me faire un festin avec cette friandise préférée ». Et elle prit le haut du petit pain, donna le bas au mari. Sur ce, le vieil homme embrassa avec joie la main de sa femme et avoua : « Chérie, tu m’as donné la joie de la journée. Cinquante ans que je n’ai pas mangé la partie inférieure du petit pain, bien que ce soit ce que je préfère. Tout le temps je pensais que puisque tu l’aimais tant, tu avais la priorité dessus ».
—Anonyme
Essayons de penser à Jésus dans un tel contexte :
Note
Si le groupe a du mal à se rappeler des fragments, l’animateur doit être prêt à donner quelques exemples : Jésus désirait guérir, désirait nous enseigner, désirait nous sauver, etc. Si le point « ne passe pas », passons simplement après quelque chose comme ça à la lecture des fragments dans la suite du conspectus.
Une connaissance vient à toi et pose une « question simple » : « Que désirait Jésus ? » - que réponds-tu ?
Quels moments de la vie de Jésus associons-nous (fragments de l’Écriture Sainte) qui nous montrent ce que désire Jésus ?
Dieu partage très ouvertement avec nous ses désirs. Nous n’avons pas un Dieu qui crée des énigmes et se demande si nous déchiffrerons correctement le résultat. Le Christ, tout au long de sa vie, a « parlé franchement » de ce qui lui importait et de pourquoi il était venu.
Lisons :
Je suis venu apporter un feu* sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé !
—Lc 12,49
Lisons :
Or, comme il était dans une ville, voici un homme couvert de lèpre. À la vue de Jésus, il tomba la face contre terre et lui fit cette prière : « Seigneur, si tu le veux, tu peux me purifier ». Jésus étendit la main et le toucha en disant : « Je le veux, sois purifié ». Et à l’instant même la lèpre le quitta.
—Lc 5,12-13
Lisons :
Car c’est l’amour que je désire, et non les sacrifices, la connaissance de Dieu plutôt que les holocaustes.
—Os 6,6
Lisons :
Pilate lui dit alors : « Tu es donc roi ? » Jésus répondit : « Tu le dis, je suis roi. Je suis né et je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité écoute ma voix ».
—Jn 18,37
Lisons :
[Jésus] prenant de nouveau les Douze, il se mit à leur dire ce qui allait lui arriver : « Voici que nous montons à Jérusalem, et le Fils de l’homme sera livré aux grands prêtres et aux scribes ; ils le condamneront à mort et le livreront aux païens ; ils se moqueront de lui, cracheront sur lui, le flagelleront et le tueront, et trois jours après, il ressuscitera ».
—Mc 10,32b-34
Immédiatement avant la passion, le Christ dans la prière à son Père nous montre ses désirs et motivations les plus profonds. C’est la prière sacerdotale du Christ.
Lisons :
C’est pour eux que je prie ; je ne prie pas pour le monde, mais pour ceux que tu m’as donnés, car ils sont à toi. Tout ce qui est à moi est à toi, et ce qui est à toi est à moi ; et je suis glorifié en eux. Je ne suis plus dans le monde, et eux sont dans le monde, et je vais à toi. Père saint, garde-les en ton nom que tu m’as donné, afin qu’ils soient un comme nous. Lorsque j’étais avec eux dans le monde, je les gardais en ton nom. J’ai gardé ceux que tu m’as donnés, et aucun d’eux ne s’est perdu, sinon le fils de perdition, afin que l’Écriture fût accomplie. Et maintenant je vais à toi, et je dis ces choses dans le monde, afin qu’ils aient en eux ma joie parfaite. Je leur ai donné ta parole ; et le monde les a haïs, parce qu’ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde. Je ne te prie pas de les ôter du monde, mais de les préserver du mal. Ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde. Sanctifie-les par ta vérité : ta parole est la vérité. Comme tu m’as envoyé dans le monde, je les ai aussi envoyés dans le monde. Et je me sanctifie moi-même pour eux, afin qu’eux aussi soient sanctifiés dans la vérité. Ce n’est pas pour eux seulement que je prie, mais encore pour ceux qui croiront en moi par leur parole, afin que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et comme je suis en toi, afin qu’eux aussi soient un en nous, pour que le monde croie que tu m’as envoyé. Je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, afin qu’ils soient un comme nous sommes un, - moi en eux, et toi en moi, - afin qu’ils soient parfaitement un, et que le monde connaisse que tu m’as envoyé et que tu les as aimés comme tu m’as aimé. Père, je veux que là où je suis ceux que tu m’as donnés soient aussi avec moi, afin qu’ils voient ma gloire, la gloire que tu m’as donnée, parce que tu m’as aimé avant la fondation du monde.
—Jn 17, 9-24
Qu’est-ce que le Christ demande pour nous ?
Qu’est-ce que signifie pour moi le choix par le Christ de l’unité comme désir principal ?
Avec quel désir de Jésus je m’identifie le plus ?
En résumé, lisons :
Ce sont des explications simples ; elles ont du sens, s’en tiennent aux faits. Cependant, permettez-moi encore une fois de suggérer quelque chose d’encore plus enrichissant pour notre compréhension du Calvaire. Cela se rapporte à Jean l’Évangéliste et à son symbolisme. Je pense ici à son utilisation fréquente de mots et de phrases qui suggèrent plus qu’ils ne peuvent dire explicitement. Comment pouvons-nous relier le « J’ai soif » de Jésus avec le propre symbolisme de Jean ?
Commençons par un événement évangélique que vous connaissez sûrement. Vous vous souvenez comment Pierre, pour protéger Jésus, a tiré l’épée et a coupé l’oreille droite de Malchus, serviteur du grand prêtre. Qu’a dit Jésus à Pierre ? « Remets ton épée dans le fourreau. La coupe que le Père m’a donnée, ne la boirai-je pas ? » (Jn 18, 11). Quelle coupe ? La souffrance et la mort. Rappelez-vous comment Jésus s’agenouillait dans le jardin de Gethsémani couvert de sueur sanglante, parce que Son corps frémissait devant la souffrance, devant la mort, et pourtant il priait : « Père, si tu le veux, éloigne de moi cette coupe ! Toutefois, que ce ne soit pas ma volonté, mais la tienne qui se fasse » (Lc 22, 42). Sur la croix, le désir physique lui-même, un désir tel qu’on le ressent après une journée sans eau dans le désert, était certes énorme ; mais ce n’était pas le désir physique qui prévalait dans l’esprit de Jésus. Par-dessus tout, Jésus désirait boire la coupe de la souffrance et de la mort, la boire jusqu’à la dernière goutte. Pourquoi ? Parce que c’est seulement alors, quand il a goûté le vin amer de la mort, que la volonté de Son Père a été accomplie.
Quel était donc le désir le plus profond de Jésus, bien plus grand que le désir d’eau ou de vin ? Simplement, il désirait accomplir ce pour quoi il était né. Plus que toute autre chose dans la vie, il désirait la mort. Pour nous. Par pur amour.
—Walter Burghardt SJ, « L’amour est une flamme du Seigneur »
Eucharistie - rencontre de désirs¶
Puisque nous savons que nous désirons Dieu et que Dieu désire nous rencontrer, la question se pose de savoir comment nous pouvons nous rencontrer. Où nous pouvons nous rencontrer. Le péché est ce qui a séparé l’homme de Dieu.
Dans quelles circonstances m’est-il le plus facile de rencontrer le Dieu personnel ?
Quel élément de la Sainte Messe est pour nous le plus personnel ? Quand est-ce une rencontre personnelle ?
L’Eucharistie est dans sa structure un dialogue !
- Structure de la Liturgie de la Parole :
Lecture de l’Écriture (Dieu nous parle),
Psaume responsorial (L’homme répond à Dieu),
Évangile (Dieu nous parle),
Prière universelle (L’homme répond).
Ce soir, nous vivrons le point culminant des retraites. Après avoir écouté les 7 paroles de Jésus, nous voulons rencontrer le Christ dans l’Eucharistie.
Les Documents Conciliaires, en parlant de l’Eucharistie, utilisent le concept qu’elle est « source et sommet de toute la vie chrétienne » (Concile Vatican II, const. Lumen gentium, 11). « Les autres sacrements, ainsi que tous les ministères ecclésiaux et les tâches apostoliques, sont tous liés à l’Eucharistie et ordonnés à elle. Car la sainte Eucharistie contient tout le trésor spirituel de l’Église, c’est-à-dire le Christ lui-même, notre Pâque » (Concile Vatican II, décret Presbyterorum ordinis, 5). Et bien que nous le sentions sûrement tous, nous savons par la pratique que nous mûrissons progressivement vers un tel vécu de la Sainte Messe et que nous ne la percevons pas toujours de cette manière.
Lisons :
La source désire qu’on boive d’elle
—Saint Grégoire de Nysse
Quel est le « sens » de l’existence d’une source ? Que « peut faire » la source ?
Le désir du Christ est de satisfaire Tes désirs - comment cette perspective agit-elle sur Ta vie ?
Lisons :
Le symbolisme de la source nous aide à comprendre plus profondément le symbolisme du cœur. Car habituellement, quand nous entendons parler du cœur, nous pensons à lui comme siège des sentiments. Mais le cœur doit être vu comme symbole de la personne qui se donne elle-même. C’est en cela que consiste l’amour, car l’amour n’est pas un sentiment. Bien sûr, des sentiments sont liés à l’amour, mais l’essence de l’amour n’est pas le sentiment, mais un acte de la volonté, par lequel la personne fait don d’elle-même. C’est précisément la source qui exprime cette attitude de donner, de se donner soi-même. L’inscription qui se trouve sur le rebord en pierre d’une certaine source : « Simple est ma tâche, donner et seulement donner », exprime très justement ce dont parle la source, l’eau jaillissant sans cesse. L’eau, pourrait-on dire, au stade de donner, de donner continuellement.
—P. Franciszek Blachnicki
Dans la rencontre des désirs est inscrite… la sensation d’insatiabilité ! Cette insatiabilité incessante construit le chemin de maturation. La foi est la rencontre de l’homme désirant avec le Dieu désirant. Nous désirons être ensemble, depuis que nous avons dû quitter l’Éden.
Communauté de désirants¶
Nous avons vu clairement deux perspectives. Résumons-les :
Lisons :
Je me souviens des jours d’autrefois, je médite sur toutes tes œuvres, je réfléchis sur l’ouvrage de tes mains. J’étends mes mains vers toi ; mon âme soupire après toi, comme une terre desséchée. Hâte-toi de me répondre, ô Éternel ! Mon esprit est abattu. Ne me cache pas ta face ! Je deviendrais semblable à ceux qui descendent dans la fosse.
—Ps 143,5-7
Lisons :
Il leur dit : « J’ai désiré vivement manger cette Pâque avec vous, avant de souffrir ; car, je vous le dis, je ne la mangerai plus, jusqu’à ce qu’elle soit accomplie dans le royaume de Dieu ». Et, ayant pris une coupe et rendu grâces, il dit : « Prenez cette coupe, et distribuez-la entre vous ; car, je vous le dis, je ne boirai plus désormais du fruit de la vigne, jusqu’à ce que le royaume de Dieu soit venu ». Ensuite il prit du pain ; et, après avoir rendu grâces, il le rompit, et le leur donna, en disant : « Ceci est mon corps, qui est donné pour vous ; faites ceci en mémoire de moi ». Il prit de même la coupe, après le souper, et la leur donna, en disant : « Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang, qui est répandu pour vous ».
—Lc 22,15-20
Combien nous voudrions qu’une telle juxtaposition de l’Écriture Sainte soit le plus largement connue ! Quelle approche différente de la foi que le respect des directives, la peur du jugement et le sens du devoir. Une telle perception de la foi nous donnerait à tous de la joie.
Jusqu’à présent, nous avons parlé des désirs de Jésus et des nôtres individuels. Ces deux perspectives nous sont les plus proches, les plus naturelles. Cependant, nous ne sommes pas seuls dans ces désirs.
Lisons :
Si donc il y a quelque consolation en Christ, s’il y a quelque soulagement dans la charité, s’il y a quelque union d’esprit, s’il y a quelque compassion et quelque miséricorde, rendez ma joie parfaite, ayant un même sentiment, un même amour, une même âme, une même pensée. Ne faites rien par esprit de parti ou par vaine gloire, mais que l’humilité vous fasse regarder les autres comme étant au-dessus de vous-mêmes (…) Ayez en vous les sentiments qui étaient en Jésus-Christ, lequel, existant en forme de Dieu, n’a point regardé comme une proie à arracher d’être égal avec Dieu, mais s’est dépouillé lui-même, en prenant une forme de serviteur, en devenant semblable aux hommes ; et ayant paru comme un simple homme, il s’est humilié lui-même, se rendant obéissant jusqu’à la mort, même jusqu’à la mort de la croix.
—Ph 2,1-8
Qu’est-ce que le « comble de la joie » de saint Paul ?
À quelle fréquence regardes-tu les autres dans la Communauté de l’Église comme ceux qui désirent la même chose que Toi ?
Les désirs sont quelque chose d’incroyablement personnel, distinctif de la relation. C’est par cela que nous avons commencé notre rencontre. Les croyants élargissent leurs cœurs et découvrent que les « désirs les plus profonds et les plus intimes » de leurs cœurs ne sont pas du tout incompréhensibles pour ceux qui les entourent. Cela change tout. Le prochain, à partir de ce moment, n’est pas une personne qui est co-utilisateur du même espace vital que nous. Le prochain est une personne qui au fond est la même que moi. Elle a le même désir d’amour et de rencontre avec Dieu. Chacun de nous est un microcosme séparé, un mystère, une individualité, mais cela nous unit : nous désirons tous Dieu et l’amour plus que toute autre chose. Certains d’entre nous le savent déjà et l’appellent ainsi, d’autres le sentent, mais ne savent pas comment l’exprimer. Nous sommes à une étape différente de la même quête.
De quelle manière pouvons-nous nous aider dans cette « communauté de désirants » ?
Qu’est-ce que change un tel regard sur les autres autour de moi ?
Note
C’est un bon endroit pour le témoignage de l’animateur sur la Communauté de l’Église dans laquelle il reçoit du réconfort d’autres « désirants » sur le chemin vers l’unité avec Dieu.
Résumé et application¶
« Personne n’a jamais vu Dieu ; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, est celui qui l’a fait connaître » (Jn 1,18). Le Dieu incarné nous a révélé que Dieu désire nos désirs, veut nous aimer, veut être présent dans notre âme et nous inonder de sa miséricorde. Il veut toujours se donner, telle est Sa nature. Notre Dieu « n’a que tant qu’il donne ».
—H. U. von Balthasar
En résumé, lisons :
Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne demeure en toi.
—Saint Augustin
Que l’application de cette rencontre soit la préparation d’aujourd’hui à l’Eucharistie. Immédiatement avant son début, trouvons 5 minutes (pas besoin de plus) pour nous poser des questions :
Qu’est-ce que je désire maintenant ? Avec quelle intention je viens à la Messe ?
Pourquoi je veux participer à cette Eucharistie ?
Qu’est-ce que Dieu désire de moi ?
Avec les réponses à ces trois questions, que la procession d’entrée nous trouve.