Rencontre 2. - Déconstruction

Étiquettes : Déconstruction, Foi, Noms de Dieu, Traditions juives, Travail avec texte, Travail en groupes, Accessoires, De partage

Introduction pour l’animateur et objectifs

Cette rencontre a pour but de réveiller et de stimuler la foi en invitant à quitter de manière contrôlée ce qui est connu et familier. Cela ne nous vient pas facilement - même lorsque nous savons que cela vaut la peine. On ne peut toutefois pas concevoir cette rencontre de manière à garantir le résultat. Que quelqu’un décide ou non de faire ce pas ne dépend pas de nous.

Concentre-toi sur ce qui est réellement à ta portée. Viens à cette rencontre avec la conviction personnelle et la disponibilité à déconstruire et reconstruire ta propre foi. Ton exemple, ton attitude et ta liberté intérieure peuvent devenir, pour quelqu’un, une invitation à « se joindre » à ce chemin.

Pendant la rencontre, nous travaillons selon deux dynamiques.

La première consiste à apporter des boîtes fermées. Pendant la rencontre, tu les ouvriras successivement et tu en sortiras des objets - sans commentaire. À chacun sera collée une petite étiquette dont nous ne lirons le contenu qu’à la toute fin. Nous voulons ainsi éveiller chez les participants l’expérience de la curiosité pour ce qui se trouve « derrière l’horizon », leur rappeler que, par nature, nous sommes des explorateurs et que les traces de pas mènent plus loin que la pensée. Cette dynamique devient l’icône de toute la rencontre - une seconde ligne d’action, parallèle, qui travaille au niveau des émotions et de l’intuition.

La deuxième dynamique est un exercice personnel de travail sur une ligne du temps (décrit en détail dans le plan). Chaque participant regarde individuellement l’histoire de sa foi et découvre le processus d’élargissement progressif de sa compréhension de Dieu.

Alef

La retraite a ses points culminants. Pendant notre retraite, nous avons déjà franchi le premier - l’adoration du soir.

  • Qu’emportes-tu de cette expérience ?

  • Comment as-tu vécu cette « progression par étapes » très manifeste de la veillée, alors que c’est pourtant toi qui décidais du moment où avancer ? (Alef)

Le point culminant ne devrait-il pas être « construit », « préparé », amené peu à peu par une entrée dans le sujet pendant des heures ? Pas nécessairement. Nous n’avions pas besoin de nous préparer longtemps. Parfois, il est même plus facile d’entrer dans la profondeur « ad hoc » qu’en construisant des attentes.

L’animateur ouvre la « boîte 1 » et en sort un ensemble de tasses et du thé. Dessus, une inscription cachée : « Rencontre Alef ».

  • Préfères-tu vivre les « choses importantes » en te préparant, ou « simplement » ?

Bet

En plus de la prière, nous avons aussi eu la conférence.

  • Qu’est-ce qui, dans ce que disait Kasia, m’est le plus proche ? Pourquoi ?

L’animateur prend une feuille et dessine la lettre Bet.

La lettre Bet est une tente. Cette tente est ouverte. Il est bon d’avoir en soi une disponibilité à rencontrer ce qui vient à nous. Nous y voyons aussi une ouverture « active » - une action pour que davantage de choses soient « dedans », dans « notre » espace. On pourrait l’imager non pas comme l’ouverture plus large de la porte située à gauche de la lettre pour que quelqu’un vienne à nous, mais comme le prolongement de la barre supérieure et de la barre inférieure du bet afin d’élargir l’ampleur de son action.

Lisons :

Crie de joie, toi qui étais stérile, toi qui n’as pas enfanté ; éclate en cris de joie et d’allégresse, toi qui n’as pas connu les douleurs ! Car les fils de la délaissée seront plus nombreux que les fils de celle qui a un époux, dit le Seigneur. Élargis l’espace de ta tente, déploie sans hésiter les tentures de ta demeure, allonge tes cordages, enfonce bien tes piquets ! Car tu vas déborder à droite et à gauche, ta descendance prendra possession des nations et peuplera des villes abandonnées.

—Is 54,1-3

L’animateur ouvre la « boîte 2 » et en sort un kit pour monter une tente. Dessus, une inscription cachée : « Voyager ».

  • Quel est ton espace ?

  • Quel élargissement de ton espace s’est produit récemment ?

Dieu veut que nous « allongions nos cordages » et que nous « déployions les tentures de notre demeure ». C’est important pour Lui. C’est un motif constant de toute histoire de foi. Dieu nous conduit progressivement de la petite échelle à la grande, mais Il revient sans cesse à cette disponibilité à « élargir le cœur » :

Je cours dans la voie de tes commandements, car tu mets mon cœur au large.

—Ps 119,32

Par exemple :

  1. [à l’échelle de la famille] Abram doit partir d’Ur en Chaldée et élargir son monde.

  2. [à l’échelle de la tribu] L’Égypte, même si elle apportait d’abord beaucoup de bien aux Juifs, devient avec le temps trop étroite ; c’est pourquoi, avec Moïse, ils partent vers la Terre promise.

  3. [à l’échelle de la nation] Beaucoup de villes et de villages donnent de la joie et de la paix, mais Dieu suscite le désir de s’identifier à un peuple. C’est pourquoi David et Salomon bâtissent le Temple.

  4. [à l’échelle de l’humanité] Le peuple élu est une bénédiction pour le monde, mais Dieu veut que des hommes de toute langue soient unis. C’est pourquoi Jésus fonde l’Église.

L’élargissement du cœur se fait à deux échelles - macro et micro. L’échelle macro, c’est l’histoire du salut. Dieu nous apprend peu à peu une « capacité du cœur » toujours plus grande. L’échelle micro, c’est ce qui se passe dans le cœur de chaque croyant.

  • Quel exemple d”« élargissement du cœur » à l’échelle macro m’est le plus proche ?

Note

Il y en a beaucoup d’autres : le concile Vatican II élargit l’accès à la liturgie grâce aux langues nationales ; depuis quelque temps nous ordonnons des diacres permanents, ce qui élargit le vécu de ceux qui prêchent ; le mouvement œcuménique élargit notre manière de penser l’Église, etc. L’animateur devrait choisir les exemples qui lui sont les plus proches.

  • Qu’apprends-tu de la personne qui a élargi son cœur ?

Lisons :

Le cordeau m’a donné un domaine admirable, et mon héritage me réjouit.

—Ps 16,6

L’espace est un don de Dieu lui-même. Nous avons besoin d”« avoir de l’espace ». Et nous ne le recevons pas seulement de Dieu.

  • Qui me donne de l’espace ?

Nous voulons que les autres nous donnent de l’espace. Il n’y a pas, d’un côté, ceux qui donnent de l’espace et, de l’autre, ceux qui le reçoivent. Cela signifie que ces « autres », c’est aussi nous.

L’animateur ouvre la « boîte 3 » et en sort un ensemble de graines de tailles différentes, des plus petites aux plus grandes. Dessus, une inscription cachée : « Échelle ».

Notre élargissement

Lisons une telle thèse :

Si « Alef » répond à la question « pourquoi ? », alors « Bet » nous dit « comment ? ».

  • Comment comprenez-vous cela ?

Alef parle du fait d’être un lien entre le monde visible et le monde invisible (la conférence + la prière du vendredi). C’est notre mission ici-bas. Bet dit que nous pouvons être médiateurs lorsque nous avons en nous la curiosité de ce qui se trouve derrière l’horizon, lorsque nous ne nous attachons pas trop à quoi que ce soit. Nous devons « savoir être entre-deux ».

  • Qu’est-ce qui est difficile dans l’élargissement de la pensée ?

  • Qu’est-ce qui est difficile dans l’élargissement du cœur ?

  • En quoi, pour toi, l’un diffère-t-il de l’autre ?

Revenons à l’exemple d’Abram.

Lisons :

Le Seigneur dit à Abram : « Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père, pour le pays que je t’indiquerai. Je ferai de toi une grande nation, je te bénirai, je rendrai grand ton nom, et tu deviendras une bénédiction. Je bénirai ceux qui te béniront ; celui qui te maudira, je le réprouverai. En toi seront bénies toutes les familles de la terre. » Abram était déjà très riche en troupeaux, en argent et en or.

—Gn 12,1-3; 13,2

L’animateur ouvre la « boîte 4 » et il y a de la tourbe à l’intérieur. Dessus, une inscription cachée : « Espérance ».

Il n’est question ici ni de conflit, ni de contrainte, ni de fuite. Abram n’était pas persécuté ; il était riche. Ur était l’une des villes les plus importantes de Mésopotamie - l’une des régions les plus développées du monde. On peut supposer qu’Abram avait vraiment une vie bonne.

Quelqu’un pourrait dire : « pourquoi aller vers l’inconnu dans de telles conditions ? » C’est l’un des traits les plus forts d’Abram - la disponibilité au changement sur appel de Dieu, même lorsque tout va bien.

  • Qu’est-ce qui est mon Ur en Chaldée - cette maison que j’aime, que je connais et que je ne veux pas changer ?

Déconstruction et reconstruction

C’est un grand courage. Abram accepte de « casser » quelque chose qui fonctionne bien. C’est l’accord donné à la « déconstruction » pour qu’il y ait ensuite « reconstruction ». Seule une personne animée d’une grande espérance peut faire cela - avec la conviction que ce qui viendra plus tard sera encore meilleur que ce qui est maintenant.

L’animateur ouvre la « boîte 5 » et en sort une feuille avec un texte. Dessus, une inscription cachée : « Reconstruction ».

Essayons de nous y confronter. Pendant la conférence, Kasia nous a parlé de certains noms de Dieu que l’on pourrait appeler « communautaires ». Regardons maintenant trois appellations supplémentaires qui renvoient davantage à la relation individuelle.

Lisons :

[L’ange] lui dit : « Ne porte pas la main sur le garçon ! Ne lui fais aucun mal ! Je sais maintenant que tu crains Dieu : tu ne m’as pas refusé ton fils, ton unique. » Abraham leva les yeux et vit un bélier retenu par les cornes dans un buisson. Il alla prendre le bélier et l’offrit en holocauste à la place de son fils. Abraham donna à cet endroit le nom de « Le Seigneur voit ». C’est pourquoi l’on dit aujourd’hui : « Sur la montagne, le Seigneur se montrera. »

—Gn 22,12-14

Jireh - Le Seigneur pourvoit. « Le Seigneur voit » ou « le Seigneur pourvoit ». Cette seconde traduction a un sens profond dans le contexte du récit.

Lisons :

Moïse fit partir Israël de la mer des Joncs, et ils s’avancèrent vers le désert de Shour. Ils marchèrent trois jours dans le désert sans trouver d’eau. Puis ils arrivèrent à Mara, et ils ne pouvaient pas boire l’eau de Mara parce qu’elle était amère ; c’est pourquoi on donna à cet endroit le nom de Mara. Le peuple murmura contre Moïse en disant : « Que boirons-nous ? » Moïse cria vers le Seigneur, et le Seigneur lui montra un morceau de bois. Il le jeta dans l’eau, et l’eau devint douce. Là, le Seigneur donna au peuple des lois et des ordonnances, et là il le mit à l’épreuve. Il dit : « Si tu écoutes vraiment la voix du Seigneur ton Dieu, si tu fais ce qui est droit à ses yeux, si tu prêtes l’oreille à ses commandements et gardes toutes ses lois, je ne t’enverrai aucune des maladies que j’ai infligées à l’Égypte, car moi, le Seigneur, je suis ton guérisseur. » Ensuite ils arrivèrent à Élim, où il y avait douze sources d’eau et soixante-dix palmiers. Ils dressèrent là leurs tentes près des eaux.

—Ex 15,22-27

Rapha - Le Seigneur guérit. Ils marchent trois jours sans eau, puis ils trouvent une eau amère. Dieu la rend potable, puis leur fait découvrir jusqu’à douze sources.

Lisons :

« Demande pour toi un signe au Seigneur ton Dieu, au fond du séjour des morts ou tout là-haut dans les hauteurs. » Mais Achaz répondit : « Je n’en demanderai pas et je ne mettrai pas le Seigneur à l’épreuve. » Alors Isaïe dit : « Écoutez donc, maison de David ! Est-ce trop peu pour vous de fatiguer les hommes, pour que vous fatiguiez aussi mon Dieu ? C’est pourquoi le Seigneur lui-même vous donnera un signe : voici que la jeune femme est enceinte, elle enfantera un fils et lui donnera le nom d’Emmanuel. »

—Is 7,11-14

Emmanuel - Dieu avec nous. Le peuple, dans sa détresse, a besoin d’un signe pour être certain de la présence de Dieu ; il reçoit l’annonce que Dieu sera au milieu de lui.

L’animateur ouvre la « boîte 6 » et en sort un bandage. Dessus, une inscription cachée : « Celui qui pourvoit ».

Nous avons ainsi évoqué aujourd’hui sept appellations de Dieu : Elohim (Dieu), YHWH (Je suis), Adonaï (Seigneur), El Shaddaï (Tout-Puissant), Jireh (Celui qui pourvoit), Rapha (Guérisseur), Emmanuel (Dieu avec nous).

  • Combien de désignations différentes de Dieu utilises-tu concrètement dans ta prière ?

  • Qu’apporte le fait d’en employer plusieurs ?

Faisons maintenant un exercice. Ouvrez le carnet (page 42). Traçons une échelle sur un axe, en marquant 0 an à gauche et votre âge actuel à droite. Réfléchissons maintenant au moment où nous avons connu tel ou tel « aspect de Dieu ». « Connu » au sens biblique !

Lisons :

Car c’est l’amour que je désire, et non les sacrifices, la connaissance de Dieu plutôt que les holocaustes.

—Os 6,6

L’animateur ouvre la « boîte 7 » et en sort une tranche de bon pain. Dessus, une inscription cachée : « Expérience ».

Dans l’original hébreu, le mot « דַּעַת » (daʿat), traduit par « connaissance », désigne l’intégration du savoir, de la relation, de l’expérience et de l’action. C’est un savoir « vécu », et pas seulement lu dans un livre. Nous n’avons pas besoin d’inscrire toutes les désignations - seulement celles que nous avons réellement « connues ».

L’animateur laisse du temps pour faire l’exercice.

Chacun de nous a dessiné le chemin d’élargissement de sa compréhension de l’Incompréhensible. Si nous avons placé plus d’un aspect de Dieu sur l’axe, cela signifie que notre manière de penser Dieu, notre expérience de Dieu, deviennent de plus en plus vastes.

  • Qu’est-ce que tu retires pour toi de ce que tu vois devant toi en regardant cet axe ?

  • Comment as-tu réagi autrefois aux changements de ton image de Dieu ?

  • Que pouvons-nous faire pour ne pas bétonner notre spiritualité en la considérant comme « terminée » ?

Prendre soin de l’espace

L’animateur arrache les petites étiquettes des objets posés sur la table. Toutes sauf trois. Il laisse un peu de temps pour que le groupe réagisse spontanément. Si quelqu’un décolle de lui-même les trois étiquettes manquantes, qu’il en soit ainsi.

N’abdiquons pas devant la responsabilité de l’espace autour de nous - celui qui nous a déjà été confié comme celui qui nous sera confié plus tard. Ne restons pas assis dans notre Ur en Chaldée. Laissons-nous conduire vers de nouveaux territoires qui nous attendent. L’espace, ce ne sont pas seulement des mètres carrés. Ce sont des relations. C’est une manière de penser. Ce sont les limites que nous nous sommes imposées nous-mêmes. Ce sont nos convictions sur qui est « dedans » et qui est « dehors ».

Toute prière qui invoque l’Esprit Saint porte en elle un certain « risque ». Le risque que l’Esprit vienne - et commence à élargir notre cœur plus loin que nous ne l’avions prévu. Qu’il commence à remettre en question nos frontières. Qu’il nous montre des personnes que nous évitions jusque-là. Qu’il ébranle ce que nous bâtissions depuis des années.

Imaginez que vous soyez des Juifs pieux au Ier siècle. Vous observez scrupuleusement la Loi de Moïse. Vous savez ce qu’il est permis de manger et ce qu’il ne l’est pas. Vous savez avec qui l’on peut être et avec qui l’on ne peut pas. Votre identité est claire. Les frontières sont claires. Le monde est ordonné.

Et puis ceci arrive…

Prière

Note

L’appel du centurion Corneille - c’est un long passage, mais nous proposons de le lire comme prière finale.

Lisons : Ac 10,1 - 11,3

Ce qui est décisif, c’est la fin :

Pendant que Pierre parlait encore, l’Esprit Saint descendit sur tous ceux qui écoutaient la parole. Les croyants d’origine juive qui étaient venus avec Pierre furent stupéfaits de voir que le don de l’Esprit Saint était répandu aussi sur les païens. En effet, ils les entendaient parler en langues et glorifier Dieu. Alors Pierre prit la parole : « Peut-on refuser l’eau du baptême à ceux qui ont reçu l’Esprit Saint tout comme nous ? » Et il ordonna de les baptiser au nom de Jésus-Christ. Ensuite, ils lui demandèrent de rester quelques jours avec eux. Les apôtres et les frères qui étaient en Judée apprirent que les païens eux aussi avaient accueilli la parole de Dieu. Et quand Pierre monta à Jérusalem, les circoncis lui firent des reproches en disant : « Tu es entré chez des incirconcis et tu as mangé avec eux. »

—Ac 10,44 - 11,3

Pierre arrive avec des doutes, commence un long exposé, se prépare lui-même et prépare ses auditeurs. Comme s’il n’était pas encore sûr de ce qu’il fallait faire. L’Esprit Saint n’a pas attendu qu’il soit prêt. « Pendant que Pierre parlait encore, l’Esprit Saint descendit sur tous. » Sur des incirconcis ! Sur des non-baptisés ! La venue de l’Esprit Saint a précédé le baptême. Ensuite saint Pierre « rattrape » et les baptise rapidement. Et malgré cela… l’Église primitive l’accueille avec des « reproches ». Leur monde mental se désagrégeait, se déconstruisait… alors qu’en réalité il se reconstruisait. Heureusement…

Après la lecture de ce passage, l’animateur le prolonge naturellement dans une prière pour un cœur large et une disponibilité à rebâtir dans le cœur tout ce que l’Esprit Saint voudra rebâtir.

Application

Trouve quelqu’un avec qui tu prendras la main et, ensemble, faites un pas en avant.

Ce n’est pas une blague. Vers l’horizon !